Une absence discrète

Une absence discrète

Une absence discrète

On a eu peur ! Et moi donc !

Douleurs dans la poitrine
Respiration bruyante, parole absente, tous les ingrédients pour une crainte justifiée.
Ronde des pompiers prêts à éteindre le feu dans ma tête, car elle a tournée ma tête, les flashs back quand ce n’était pas « moi » la étendue, apeurée, muette, souffrante d’un mal que l’on ne connait pas.

La ronde des examens, des prises de sang, mon sang qui se glace à l’idée que peut être je ne serais plus Moi totalement.
Mais interdiction formelle de s’imaginer quoi que ce soit de « grave » j’ordonne autant que possible à mes idées noires, légitimes certes, mais de déguerpir et de laisser place au réel.

Des médecins s’affairent, les infirmières entendent bien que je n’ai plus de « veine » …. Pas le temps de faire l’association hasardeuse, là ce sont mes veines, celles qui au fil des années, elles se sont cachées tant elles ont été pompées, vidées, piquées au vif.
Pas le choix « Madame » on doit trouver et « aie !!! » sur le dessus de la main, je t’enfile une de ces seringues, encore un peu plus loin…
Passage obligé des scratchs éphémères pour 1, 2, 3 je ne sais plus d’électro machins.

La journée achevée, un médecin un peu ailleurs, un œil rivé sur son ordinateur, un autre sur les fesses de l’infirmière, vient m’annoncer que TOUT VA BIEN !

Alors, pourquoi je suis fatiguée, que je respire toujours aussi mal, et que je sens que tu t’en fous royalement de ce que je ressens.
Quelques minutes plus tard, flanquée de « mon dossier » et autres paperasses supposée me rassurer.
Le docteur es urgences me propose d’aller me faire voir ailleurs, pas en ces termes, plutôt un condescendant « aller voir votre médecin traitant » !
Moi j’entends bien, encore une qui prend les urgences pour une salle de repos !!

Soit la famille bienveillante, est là et me ramène, sans bien comprendre tout comme moi, ce qui a pu arriver.

Rendez-vous pris chez mon doc à moi, celui qui va savoir,va trouver, et mettre un diagnostic, un de ceux qui vont effacer les « vous n’êtes pas stressée, angoissée ? (Qui ne l’est pas aujourd’hui ? phrase entendue à toutes les sauces).
J’explique avec difficulté mais précisément, après une écoute, une « vraie », un diagnostic possible : tu vas sûrement avoir un ZONA dans les quelques jours, voilà le traitement et surtout dès que des boutons se présentent tu reviens illico !

Super voilà, ça c’est du diagnostic, du réel, du concret.

Famille et amis rassurés, soins administrés, un jour puis deux jusqu’à la conclusion que les boutons tant espérés (oui oui) sont partis voir ailleurs.

La valse des hésitations va reprendre je le crains.
Pas de temps à perdre, rendez-vous pris après le temps estimé.

L’œil du médecin, de mon doc à moi, se fait plus soucieux, palpations en règle, prise de tension.
Quand il prescrit d’autres parties de plaisir, échographie et compagnie. Mais aussi et surtout un nouveau passage chez le cardiologue…par prudence… d’accord je vais prendre rendez-vous.

Non, tout compte fait il appelle rapidement celui de référence, qui me prendra rapidement, en fait osons le mot « en urgence ».
Je ne pense à rien en cet instant, je suis le mouvement, le taxi me dépose en me fusillant du regard, c’était à quelques rues. Oui mais moi monsieur, j’ai le cœur qui fatigue, les jambes qui vacillent et je m’en fous !

Prise en charge rapide par une secrétaire rompue à l’accueil des patients dits d’urgence, échange habituel de tout mon cv …
Rapidement je suis reçue, écoutée, échographiée à l’ancienne, avec attention et précision.
Observe bien qu’il s’arrête sur des morceaux de mon cœur que j’ai à l’envers à ce moment là, des pointillés, des arrêts sur images.
Puis je l’entends à peine me dire… je préfère vous hospitaliser … Pardon doc ??

Là tout de suite, mais heuuu, on ne peut pas … sur un non ferme et décidé, tout se met en place, la gentille secrétaire, me fait asseoir, me demande des trucs & machins, mais moi là en cet instant je suis abasourdie.
Je suis à court de mots, de respirations, même de batterie de téléphone, à croire que « je suis à plat » de partout…

Oui bien sûr c’est mon frère la personne de confiance, non mon fils n’est pas sur Paris, et puis je ne veux pas l’inquiéter.

Elle m’explique tout ce qui va se passer, dit à mon frère de passer prendre des affaires car on ne sait pas combien de temps cela va durer cette « affaire là »

Hôpital épisode 2…..
Service de cardiologie, je m’aperçois qu’en fait je vais en service soins intensifs », est-ce utile de dire ce qui se passe dans ma tête.

En fait, rien, je suis déjà anesthésiée pour ne pas me laisser envahir par la peur ; puis je suis déshabillée, dépouillée, et mis en uniforme réglementaire, pyjama de papier bleu,

Je chuchote un attention je n’ai plus de veine…… bis répétita….

Mais là on est un étage au dessus, on est dans la bienveillance extrême, on est dans le service tout compris, soins, paroles compatissantes, même le ton est doux presque comme une berceuse….
Seulement pas question de dormir, rebelote, scanner, échographie, pour corroborer l’urgence, la pathologie….. Vous êtes toujours essoufflée de la sorte madame ?

Mais moi je suis à bout de souffle là, je suis au bout du rouleau, compresseur, je veux un nom de maladie, un traitement, des cachets des bleus, des rouges même prête à faire des piqûres !!!
C’est ça que je veux !!!

Après quelques jours on a craint pour moi, on considère que je peux aller avec le commun des malades, les opérés du cœur et autre plomberie…
Fini la sollicitude, place à une chambre à deux, comme tout le monde ; les soignants sont débordés, pas le temps de s’attarder sur un cœur brisé, car à ce moment là il se brise, se déverse, à la vue de cette dame de compagne de chambre, ce regard qui me renvoie …
A peine la place pour une brosse à dent, ou un sac, clic clac, re pyjama, re valse des litres de glucose qui s’écoule dans mes veines pour les hydrater, on ne sait jamais.

On termine en beauté, on refait les examens on ne lit pas bien, mais vous savez Madame, on ne voit rien, votre cœur va bien (va lui dire toi à mon cœur comment il va en ce moment)

Vous n’avez pas d’embolie, (belle embellie pour moi) je me réjouis à chaque fois qu’on élimine un danger imminent, de grave maladie, voire de survie.
Ce n’est pas une réjouissance qui se voit, non je check dans ma tête, la liste des maladies possibles qui s’éloignent, je rassure chaque jour mon entourage qui lui se réjouit pour moi, soulagé et comme je les comprends.
Mais là il ne faut pas trop m’en demander…

On refait un dernier scanner pour la route ? Verdict rassurant oui vous pouvez rentrer chez vous…

Je suis soulagée, enfin oui je suis heureuse de revenir chez moi, parce que là c’est la preuve que je ne suis apte !!
Toutefois, sans partir avec quelques derniers examens pointus pour confirmer que vous n’avez pas d’autres séquelles au cerveau !

La belle affaire mais, moi mon cerveau il est comme mon cœur en morceaux, fatigué.

Et avant-hier nouveau verdict rassurant, je passe sur les deux minutes où un infirmier vous prie d’attendre le médecin, celui qui détient la réponse, celui qui sait et va vous annoncer…..

Ben non tout va bien, pas de cerveau en bouillie, même pas un petit peu de sang qui se balade …

C’est à ce moment là que jaillisse mes larmes, mes peurs, ma chape de plomb, oui je suis contente même très, docteur, mais pourtant je suis toujours à bout de souffle, je ne parle plus clairement, je bégaie même parfois, alors quoi même pas un petit diagnostic, non rien nada, que des bonnes nouvelles.

« Amen » me dit on dans ma tête, alors bien sûr il y en a encore deux autres à faire, je m’y agrippe, j’y mets de l’espoir d’enfin entendre : voilà vous souffrez de simplement ….
Une petite maladie, rien de bien méchant mais, juste une de celle qui explique, qui justifie, une de celle qui calme le regard de votre entourage qui vous entend parfois mais n’écoute pas toujours, non pas par méchanceté, peut-être parce que j’ai trop souvent crié en silence.

Dans quelques jours je passerai comme une bonne élève mes derniers examens, sans crainte, enfin bien moins…

Absence discrète validée par toutes mes ordonnances.

Bien à vous….

© 2016 ET POURTANT JE SOURIS

2 réactions au sujet de « Une absence discrète »

  1. Quelle histoire !!! Pas rassuree par ce begaiement dont tu parles .Pourtant on t’a photographiee le cerveau sous toutes les coutures , donc pas a sinquieter de ce cote la . T’es rentree a la maison ?
    Peut etre que c’est le moment de prendre quelques vacances chez ta copine , des vacances qui « rembobinent » jusqu’au moment ou tu avais de la veine et du souffle .Viens avec Serge !
    A nous trois on peut trouver le meilleur moment pour une viree New Yorkaise , peut etre quand il fait beau et bon . Un mai ou un Juin… C’est dans mon quartier qu’on retrouve du souffle ! Tu peux me croire .

Un J'aime c'est agréable, mais vous lire sera un réel plaisir ..Merci

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